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DERNIER ADIEU A AIME CESAIRE (DIMANCHE 20 AVRIL 2008)




Bien sûr qu’il va mourir, le rebelle...: la poésie d’Aimé Césaire a longuement retenti dimanche à Fort-de-France. Pour ces ferventes obsèques nationales du père de la négritude, les Martiniquais se sont retrouvés par milliers sous le soleil au stade de Dillon, où était exposé le cercueil

Les "mots de sang frais" de l’auteur du "Cahier d’un retour au pays natal" ont résonné par les bouches de comédiens antillais et africains.

Un grand portrait proclamait Césaire "prototype de la dignité humaine" (selon le mot d’André Breton), et des extraits de son oeuvre étaient déployés dans le stade.

Une plaque de céramique portant le nom d’Aimé Césaire et "Liberté, identité, responsabilité, fraternité", avait été posée sur un fauteuil à l’intention du président de la République. Le chef de l’Etat, qui a eu des relations difficiles avec l’ancien député-maire de Fort-de-France (celui-ci avait refusé de le recevoir en 2005 en raison de la loi sur "le rôle positif de la présence française Outre-mer", avant de le rencontrer l’année suivante) ne s’est pas exprimé au cours de cet hommage culturel (la famille d’Aimé Césaire avait refusé toute cérémonie religieuse, conformémemnt à ce que souhaitait le poète-militant).

"Tous les Français se sentent aujourd’hui Martiniquais dans leur coeur", a juste affirmé Nicolas Sarkozy dans une brève déclaration à son arrivée à l’aéroport Aimé-Césaire de la ville, saluant "le défenseur infatigable de la dignité humaine et du respect des droits de l’homme".

De nombreuses personnalités, plusieurs ministres, François Bayrou (MoDem) et des responsables PS, notamment François Hollande, Ségolène Royal, Laurent Fabius et Lionel Jospin, étaient présents. Le footballeur Lilian Thuram et des délégations d’Afrique et des Caraïbes avaient fait le voyage.

"C’était le meilleur des fils de la Martinique", a lancé un des plus proches compagnons de Césaire, Pierre Aliker, 101 ans. Très ému, il a raconté le combat contre la colonisation et le racisme mené par le député (1945-1993) et maire de Fort-de-France (1945-2001).

La cérémonie s’est achevée dans l’émotion partagée de plusieurs milliers de personnes. Le public a longuement applaudi le départ du cercueil, aux cris de "Béïa pour Césaire " (vive Césaire ). Accompagné par une foule fervente jusqu’au cimetière de la Joyaux, le "nègre fondamental", décédé jeudi à 94 ans, a été inhumé à la tombée de la nuit.

Sur sa tombe, ces mots qu’il avait choisis, tirés de son "Calendrier lagunaire" :

"La pression atmosphérique ou plutôt l’historique
"Agrandit démesurément mes maux
"Même si elle rend somptueux certains de mes mots".